mercredi 8 avril 2009

La fin tragique d’Aboo le guide


Vous vous souvenez à mon arrivée à Dakar, je suis tombé sur Abdou qui à travaillé très fort pour me servir de guide. Et bien, le lendemain de notre retour de la Casamance, nous nous sommes assis pour finaliser nos comptes. Je dois dire que le service d’Aboo pour la région du nord, de Dakar et de la petite côte fut excellent mais sa connaissance de la Casamance était assez limitée. N’étant pas de la région, il avait fait cinq ou six visites, et n’était pas en position de m’offrir toute l’information qu’Érick et Fred du Mansa Lodge ont pu me donner.


Néanmoins, le lien d’amitié s’étant créé, j’ai décidé d’amener Aboo avec moi, de partager avec lui cette expérience et de plus, je voulais l’aider à se faire de nouveaux contacts pour qu’il puisse améliorer sa connaissance de la région et offrir ainsi un meilleur produit à ses futurs clients. Il m’est apparu très évident qu’au cours de nos excursions, à cause de l’émotion lue dans son visage ainsi que de plusieurs commentaires de sa part, ce cher Aboo vivait des expériences qu’il n’avait jamais vécues auparavant.


Patrick, le gendre de Jean-François, m’avait prévenu de faire attention aux guides de Dakar :ils n’étaient pas fiables et l’arnaque des touristes blancs était leur spécialité. Je voulais tellement le faire mentir, pouvoir me dire que j’étais bon juge de caractère et que je ne m’étais pas trompé. D’abord Aboo et moi avons négocié sur les termes de notre entente, il s’était occupé de louer une voiture avec chauffeur pour aller à St-Louis et moi je m’occupais des autres dépenses. Il avait réservé les billets de bateau puis les hôtels du nord. J'étais bien conscient qu’il prenait probablement une commission sur certaines réservations, les prix étaient bons et ce n’était pas le casse tête.


Quand je lui ai dit que j’avais des contacts en Casamance, son attitude a un peu changé et je compris qu’il ne ferait pas de commission sur cette partie du voyage; par contre il a aussi compris qu’il ferait de nouveaux contacts et que le tout serait bénéfique pour lui. Au retour vers Zinginchor, les choses se sont corsées un peu avec le choix d’hôtel. Je lis dans le guide qu’il y a des chambres à louer juste en face de l’hôtel Flamboyant oû nous avions réservé pour la nuit, et que ce petit hôtel est géré par la même direction que le Flamboyant. Je demande à Aboo d'y prendre une chambre, histoire de couper un peu dans les dépenses. En même temps, il appelle pour faire une réservation dans ce même établissement pour le couple d’américains qui retourne vers Dakar avec nous. Il fait ainsi une réservation pour les américains mais me dit qu’il n’y a pas d’autre chambre.


Nous somme donc prêts à quitter Cap Skirring et il y a un problème avec le taxi. J’avais demandé le taxi pour 20 h mais il se pointe vers 18 h 30 et ne veut pas attendre; nous sommes alors sans taxi et devons rejoindre Zinginchor. Je fais donc comprendre à Aboo que je lui avais dit 20 h et qu’il avait changé les plans sans me consulter, chose qui ne faisait pas mon affaire. Nous nous sommes rendus à la gare routière et avons pris un magnifique sept places pour nous rendre en ville afin de prendre le bateau le lendemain matin. Arrivé à l’hôtel Flamboyant, je demande à la réception s' il reste des chambres à l’hôtel voisin et ils me répondent que oui. Voyant que je mettais sa parole en doute, Aboo éclate et une discussion animée s’en suit! J’ai droit à "tu ne me fais pas confiance, je ne suis plus un esclave, je n'ai pas besoin de toi, etc…" Je me fâche et je lève le ton( ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas dans ma nature) mais à ce moment précis, je comprends mal son attitude et je n’accepte pas du tout son traitement car je sais que j’ai été plus que correct avec lui. Apres quelques échange à voix élevée, je me rends bien compte que cela ne va nulle part et décide de régler la situation avec un dialogue calme, ce qui abaisse les tensions et nous permet de finir le voyage. Par contre cette scène sème le doute dans ma tête et me déçoit profondément...

Le lendemain, je reçois Aboo chez Véronique pour finaliser nos comptes et lui donner le dernier versement. Étant un gars de chiffre, j’ai gardé le compte de tout ce que j’ai dépensé, de l’argent que je lui ai donné et des dépenses qu'il a payées. Notre entente était de 10 000CFA (25$) par jour plus les dépenses. Je prévoyais de lui donner son argent plus un pourboire que je considérais généreux mais ce cher Aboo a le culot de me réclamer une somme quatre fois supérieure! Vous imaginez ma réaction, je suis hors de moi mais essaie de garder mon calme car la guerre ne règle rien. Je lui offre donc l’argent de notre entente sans pourboire, il me répond que je ne suis pas raisonnable, que je le prends pour un esclave…

Pour Aboo, cela n’était qu’une négociation normale, il a essayé avec moi. Il m’a dit qu’on avait fait un devis et que je ne respectais pas l’entente, il m’a menacé d’aller aux autorités, il a baissé son prix à quelques reprises, il a tout simplement essayé de retirer le maximum d’argent d’un toubab qu’il croyait faible. Je vous avoue qu’à ce moment j’étais très content d’être chez Véronique en territoire ami et j'ai pris l’avantage du terrain pour faire une leçon de morale à ce cher Aboo qui, je l’espère, reverra sa méthode de travail.

Je lui ai dit premièrement qu’il venait de perdre un ami et que son petit stratagème n’allait pas fonctionner avec moi, qu’il était mieux de prendre l’argent que je lui offrais car il n’y en aurait pas d’autre. Je lui ai aussi fait part que tous les bons mots que j’avais eus à son égard auprès de Véronique, Érick et Fred étaient définitivement rompus et qu’il perdait probablement plus de revenu potentiel futur que le montant qu’il voulait me soutirer. Je finis par lui dire que s’il continuait à travailler de cette façon, il ne pourrait jamais se bâtir une bonne réputation dans le tourisme et devrait se résigner à faire du petit business en accostant les clients dans la rue.
Je l’ai foutu dehors sans lui donner plus que l’entente en lui disant que son comportement n’était pas éthique. De plus, je lui ai dit que je le soupçonnais d’avoir cette discussion assez fréquemment avec ses clients et qu’il en était le seul responsable. Aboo ne vit vraiment pas dans la misère et a la possibilité de faire beaucoup mieux mais c’est cette morale de la vie au jour le jour qui est un frein pour lui. J’espère avoir contribué un peu à un changement d’attitude chez lui mais c’est à cause de personnes comme lui que tant de gens vivent de mauvaises expériences au Sénégal et plus particulièrement à Dakar.

3 commentaires:

Anonyme a dit...

et oui, la bàs comme ici, les humains sont bons ou moins bons...

j'admire ton courage Pat !!!

arnaud

Anonyme a dit...

C'est toujours décevant lorsque qu'on donne de soi-même pour le bien des autres et que ces gens là réagissent de cette façon, too bad.

Tu as bien fait mon Pat.

Enjoy the rest of your trip!

Laurie-Ann

Anonyme a dit...

J'ai vécu trois ans au Sénégal et en suis revenue il y a quelques mois.
L'histoire que tu as vécu avec Aboo (ou est-ce Abdou?), nous l'avons vécue ou vue bien des fois.
C'est une caractéristique dominante chez les marchands (bana-bana) et gens de commerce : on préfère tenter le tout pour avoir un gros magot que de tenir sa parole et se bâtir une bonne réputation. C'est dommage, car cette attitude n'aide en rien l'Africain moyen à se sortir de sa misère quotidienne. Une sorte fatalisme, de mode de pensée à court terme. Et ces expériences laissent un petit goût amer en bouche. Surtout quand on nous sert des arguments qui insinuent que notre attitude rappelle celle des esclavagistes. Mais bon, je garde un bon souvenir de ce pays, car j'ai rapidement appris à jouer avec eux ce petit jeu.
L'humour, les sourires et le défilement (surtout, pas de "non", mais "une prochaine fois") m'ont souvent été utiles.

Bonne continuation dans cet incroyable périple!

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