dimanche 7 juin 2009

En route pour le Ghana

Vendredi le 8 mai, je quitte Lomé pour me rendre à Accra, la capitale du Ghana. D’abord je prends un taxi pour me rendre à la frontière qui se situe littéralement dans la ville de Lomé. Je vous ai parlé de ma traversée de la frontière entre le Bénin et le Togo, et bien je n’avais encore rien vu! Cette frontière ci est beaucoup plus active car elle est en ville, mais il y a aussi deux autres variables à ajouter, premièrement la langue qui change du français à l’anglais et la monnaie qui change du franc CFA au Ghana CD. Je me dis que j’ai de l’expérience vu ma dernière traversée sans encombre deux semaines auparavant. C’est donc avec cette attitude de « winner » que je sors du taxi et enfile mon sac à dos pour la grande traversée.


A peine sortie du taxi,un mec commence à me harceler pour changer mes francs CFA pour des CD. J’avais bien pris soin de vérifier sur le net le taux de change pour ne pas me faire rouler. Il me dit que le taux est à 27 donc un franc vaut 27 CD (1 CD vaut à peu près 80 cents CDN) mais le CD a été dévalué il y a quelques années et 10 000 CFA valent 27 CD avec la nouvelle dénomination. Par contre, pour être certain de bien mélanger tout le monde, les mecs qui font le change utilisent encore l’ancienne dénomination.


Je décide de prendre ma chance et de traverser la frontière puis de régler mes histoires de change de l’autre côté. La marche pour se rendre au bureau de l’immigration est pénible car on essaie de me vendre tout ce qui est inimaginable mais je tiens bon et me voilà rendu. Les formalités sont assez faciles du côté du Togo comme du Ghana et puis me voici seul dans la cohue de ce nouveau pays d’accueil. Quelle scène, j’ai à peine franchi la barrière que je suis assailli par les changeurs d’argent ainsi que les chauffeurs et ils parlent un anglais que j’ai de la difficulté à comprendre.


Je n’ai pas réservé mon transport du côté de Lomé car le guide expliquait qu’il était facile de prendre un tro-tro (équivalent d’un taxi-brousse) une fois passé la frontière. Ma première priorité est de changer de l’argent pour payer le transport et une bouteille d’eau car le soleil frappe très fort et il fait chaud. Par contre, les chauffeurs me tirent et essaient de prendre mon sac pour le mettre dans le coffre de leur voiture, mon niveau de stress augmente de manière assez dramatique et sur un ton calme mais autoritaire je dis aux quatre mecs qui se disputent ma clientèle : « you do not touch me and if I need your services I will ask »


La tension baisse un peu et je choisi un type qui me paraît bien pour faire mon change. Je lui demande si on peut parler seuls à l’écart, histoire de négocier. Lui, utilise un ton beaucoup moins calme que le mien pour repousser tout le monde. On s’assoit à l’ombre, ce qui n’est pas qu’un simple détail car on dirait que je sors de la douche. La négociation commence et, fier de moi, je réussis à faire hausser le taux à 27.5 CD pour un franc CFA. Je décide donc de changer 40 000 CFA (100$ CAN). Le mec prend ca calculette de merde et me dit 875 000 CD en prenant bien soin de me montrer le calcul qu’il répète une deuxième fois. Je prends mes CD tout fier de moi, j’ai réussi à bien négocier que je me dis. Hey oui, pour ceux qui ont fait le calcul rapide, ce foutu voleur viens de m’arnaquer de 225 000 CD, un peu moins de 20$, car 27,5 multipliés par 40 000, ça donne 1 100 000. Il faut bien avoir œuvré dans la finance pendant 14 ans pour se faire avoir comme un amateur mais dans le stress de la frontière je ne pouvais tout simplement plus calculer! J’ai compris plus tard que ces arnaqueurs ont des calculatrices qui faussent le résultat, et bien sûr, toujours à leur avantage.


Deuxième priorité, le transport.Et, aussitôt terminé avec le change, les quatre chauffeurs se ruent à nouveaux sur moi pour clore leur vente. Je leur dis que je vais continuer mon magasinage et comparer les prix avec les autres chauffeurs un peu plus loin. C’est à ce moment que le prix passe de 40 à 30 CD pour la course vers Accra seul dans une voiture. J’arrive tout près de l’autobus qui est dans un état lamentable et bien entendu sans air climatisé mais le prix est de 3 CD. C’est à ce moment que j’entends crier « ACCRA, ACCRA, CONDITIONER ». C’est un tro-tro climatisé et il ne reste que quatre places à vendre avant le départ. Il faut savoir qu’ici, ce type de transport ne décolle pas à une heure prévue mais quand le véhicule est plein. C’est une petite mini van Toyota relativement neuve de quinze passagers. Marché conclu, me voilà parti pour la capitale du pays pour la modique somme de 4,5 CD


Le premier 50 de 200 km est assez pénible car la route est en construction, gracieuseté de la Chine, mais aussitôt sorti du chantier c’est une belle route à quatre voies qui nous permet de rejoindre la ville. On voit tout de suite que le Ghana se sort relativement bien d’affaire. Les infrastructures sont en bon état, le parc automobile est plus récent et la ville est moderne, propre et très vivante. La banlieue d’Accra avec ses quartiers résidentiels ressemble plus à la collectivité nouvelle de Longueuil qu’à l’Afrique avec des résidences de taille complètement exagérée. Le terminus du tro-tro est au marché du centre ville et aussitôt sorti je décide de prendre la même attitude qu’à la frontière et de négocier mon taxi pour me rendre à l’hôtel mais une fille togolaise qui a aussi fait route me prend par le bras et me dit : « il faut prendre un taxi tout de suite, vous n’êtes pas en sécurité ici ». Elle négocie le prix avec le chauffeur et s’assure que je quitte ce coin sans problème. Merci beaucoup madame et je me suis rendu compte par la suite que la négociation avec le taxi était juste et honnête. Il ne faut jamais oublier que pour une personne malhonnête il y a encore plus de gens serviables, francs et gentils.


Édition: Philippe Guay

lundi 1 juin 2009

Analyse comparative

Voici un billet d’actualité.


On entend beaucoup dernièrement dans les médias parler des services financiers et des abus flagrants de dirigeants d’entreprises quant à leur rémunération et bonus de performance liés aux résultats des sociétés qu’ils dirigent. Bien que le sujet soit très large et complexe, je veux essayer dans les quelques lignes qui suivent de faire un parallèle entre ces « star CEO » et certains dirigeants politiques de pays pauvres. Bien sûr qu'à première vue ce n’est pas du tout la même chose, mais je crois qu’il y a plus de similarités qu’on peut le penser.

Premièrement, il est à noter que ce texte n’est pas du tout une étude scientifique du sujet, mais bien une analyse personnelle basée sur mes opinions, mes discussions et mon expérience. De plus, je ne tente aucunement de présumer que tous les chefs d’état ou que tous les dirigeants d’entreprises sont des voleurs de grand chemin avec, comme seule ambition, leur enrichissement personnel et la conquête du pouvoir.

Ceci dit, établissons d'abord la situation des politiciens des pays industrialisés. Dans les pays où la démocratie fonctionne relativement bien, il y a des systèmes de contrôle en place qui rendent assez difficile, la possibilité( mais pas l'impossibilité) de mettre en place des politiques qui ont pour seul but leurs intérêts personnels. Nous savons par contre, que tout politicien à la tête d’un état riche, venu le moment de se retirer, n’aura jamais de problème à se repositionner dans la société et de ce fait, il pourra très bien gagner sa vie.

D'autre part, le rôle premier d’un dirigeant d’entreprise est de gérer la société pour laquelle il travaille et d’en assurer la pérennité, c'est-à-dire d’être le meilleur citoyen corporatif possible en respectant la loi, ses employés et ses investisseurs. On sait également que le rôle d’un chef d’état est de gérer le pays pour lequel il a été élu, d’en assurer la pérennité en respectant les lois locales et internationales tout en protégeant ses citoyens et ses partenaires commerciaux. Aussi, je me permets d'ajouter que la période de crise économique que nous traversons m'amène à prétendre que certains de ces dirigeants ont peut-être un peu perdu le sens des valeurs corporatives de base.

En fait, ne devient pas chef d'entreprise qui veut. Il faut une vaste expérience, pour la plupart, une formation et une éducation supérieures de haut niveau, un réseau étendu de contacts ainsi que la capacité de convaincre le conseil d’administration que l’on est le candidat de premier choix pour le poste. D'autre part, pour devenir chef d’état il faut convaincre sa population par un vote électoral juste que l’on est la personne idéale pour le poste. Pour ce faire, il faut une vaste connaissance des enjeux de son pays, une formation et une éducation supérieures de haut niveau, un réseau d’organisateurs politiques et un soutien financier permettant l’atteinte des objectifs, c'est-à-dire gagner les élections.


Il est vrai que toute entreprise publique doit, par une assemblée annuelle, élire son conseil d’administration qui mettra en poste ses dirigeants. Mon expérience dans le domaine m’a démontré à maintes reprises que ce vote est plus souvent qu'autrement décidé à l’avance, car le conseil s’assure généralement de contrôler le vote avant l’assemblée. Le conseil est bien souvent en communication avec les actionnaires principaux qui font leurs demandes et le conseil les prend en considération dans la gestion et la vision de l’entreprise. Aussi, il n’est pas rare de retrouver des représentants des plus gros actionnaires pour siéger au conseil de ces entreprises et c’est à mon avis très normal puisqu'ils essaient tout simplement de protéger leurs investissements.


Pour ce qui est des chefs d’état des pays pauvres on doit savoir qu'ils sont presque toujours issus d’une élite locale et, pour la plupart, supportés par un ou plusieurs pays riches. Ils négocient généralement avec ces derniers les conditions particulières qu’ils pourront leur offrir une fois au pouvoir. À combien de reprises avons-nous entendu parler d’élections manipulées par des dirigeants corrompus s’accrocher au pouvoir à tout prix, voire commettre des meurtres et même faire emprisonner des membres de l’opposition. Et ça, c’est quand il y a des élections car malheureusement très souvent, le pouvoir se prend par un coup d’état. On a qu'à regarder le cas du très récent "président" de Madagascar ou alors celui de la Guinée Bissau ou de la Guinée.


Parallèlement, une fois en poste, le rôle des dirigeants d’entreprise est de faire le meilleur travail possible pour faire croître la société dans le but, comme je l’ai mentionné plus haut, d’en assurer la pérennité. Mais trop souvent, cet individu privilégit son entente de compensation et de bonus et comprend très bien que les décisions aux effets à court terme comme la relocalisation de la production en Chine, les coupures dans la recherche et le développement ou tout simplement, comme on l’a vu avec le système bancaire, la mise en péril de la solidité de l’entreprise par le développement de produits dangereux, de mauvaise qualité ou contraire à une bonne éthique d’entreprise lui seront très bénéfiques. Toutes ces décisions sont, bien entendu d’une vision à très court terme ne font que gonfler les profits de l’entreprise pour, par la suite, faire augmenter de manière artificielle la valeur des actions et de ce fait créer une énorme valeur pour les détenteurs d’options de l'entreprise. Les plus gros bénéficiaires de ce genre de bulle spéculative sont trop souvent les membres de l’équipe de direction qui, à leur tour, peuvent revendre leurs options et dégager un profit monstre sans avoir aucun risque de perdre quoi que ce soit advenant l'échec d’une stratégie d’affaire. De plus, ces dirigeants ont bien pris soin de se négocier un parachute doré advenant une rupture de contrat qui, tient donc, survient habituellement quand les choses vont mal.


Le chef d’état corrompu qui arrive au pouvoir soit par des élections, disons aux résultats douteux, ou alors par un coup d’état, sait très bien que la situation peu se retourner contre lui en un rien de temps. C’est pourquoi, plusieurs décisions sont vites prises et ce, dans le seul but de remplir les coffres le plus rapidement possible. Sans oublier que ce dernier s’assurera de mettre en place toute son équipe"personnelle"; histoire de consolider son pouvoir. Dans le contexte des pays pauvres, un chef d’état déchu ne pourra probablement jamais commencer à faire des conférences ( prenons exemple sur Bill Clinton à la fin de son deuxième mandat; même si les É-U ne constitue pas un pays pauvre), et par le fait même être en mesure de se construire une belle petite retraite. Non, il doit remplir le coffre pendant son règne car à la fin, s' il survit, le reste de sa vie sera fort probablement passée dans l’ombre.


Présentement, nos médias s’en donnent à cœur joie en publiant les salaires de tous ces banquiers qui ont délibérément mis tout le système financier au bord du gouffre. Il est vrai que les actions de ces derniers, vu les conséquences que l’on connait maintenant, ont été très osées et qu'elles forcent les autorités réglementaires à faire un gros ménage depuis longtemps nécessaire. Les règles du jeu sont en train de changer et pour le mieux j’espère. Bien sûr, le lobby des dirigeants qui n’ont aucun intérêt à voir ces changements survenir, travaille très fort pour garder une main mise sur le pouvoir économique que leurs positions leur confèrent, mais la réalité qui nous frappe de plein fouet mène la vie de plus en plus dure à la classe moyenne ainsi qu’aux plus démunis.


Vous avez peut-être entendu parler des trois chefs d’état africains mis en demeure par les tribunaux français en regard de la quantité grossièrement phénoménale de leurs possessions foncières sur le territoire de la France. Ce n’est certes pas le gouvernement français qui a insisté pour en faire une grosse histoire, mais bien un groupe d’ONG qui se sont mises ensemble et qui ont réussi à convaincre un juge d’instruction de porter plainte contre les présidents du Gabon, de la Guinée Équatoriale et du Congo Brazzaville. Même que cette situation met franchement le gouvernement français dans l’embarras, car il s'avère que ces trois pays sont d’anciennes colonies et par le fait même, des gros partenaires commerciaux.


Voilà ma comparaison; que l’on prenne les dirigeants d’entreprises ou les chefs d’état, plusieurs parallèles peuvent être faits. Encore une fois, le but de l’exercice n’est pas de mettre tous ces gens dans le même bateau, puisqu'il existe encore Dieu merci, des visionnaires, des bâtisseurs, des fonceurs pour nous permettre d’espérer un jour voir un monde meilleur. Ce sont les abus extrêmes d’un groupe ou de l’autre qui poussent à crier haut et fort que des changements sont nécessaires. Attendons maintenant la suite et poursuivons la pression sur tous nos dirigeants politiques et corporatifs, car les conséquences d’un échec pourraient être sans contredit absolument dramatiques....


Édition: Philippe Guay

samedi 30 mai 2009

Visa pour le Ghana

En général, il est assez facile de se procurer un visa pour entrer dans les pays d’Afrique de l’ouest. Quand la situation politique est relativement calme et que l’on demande un visa touristique, les choses vont assez bien. Ce ne fut pas le cas du Ghana qui m’a donné un peu de fil à retordre. L’histoire remonte à ma première tentative quand j’étais au Bénin. Bien que mon guide mentionne qu’il est possible de se procurer un visa à la frontière, mon expérience m’a démontré que d’avoir les documents bien en règle avant l’arrivée au pays est vraiment plus facile.


Je me présente donc à l’ambassade du Ghana à Cotonou pour faire ma demande. La dame au comptoir me demande si je suis résident du Bénin, je luis réponds que je suis ici en touriste et que je réside au Canada. « MONSIEUR IL FAUT FAIRE VOTRE DEMANDE DE VOTRE PAYS DE RÉSIDENCE » me répondit-elle sur un ton condescendant. Ma première erreur fut d’être un peu sarcastique et de lui répondre, d’un ton un peu moqueur : « je suis ici maintenant, pas au Canada, est-il possible pour moi d’aller dépenser mon argent dans votre beau pays? ». Je crois que c’est à ce moment qu’elle a décidé de ne pas m’aider mais elle me remet brusquement une demande à remplir.


Je remplis ce formulaire, mais il me manque quelques informations. Vous la voyez venir n’est ce pas? Je m’approche du comptoir et je lui dis que je ne suis pas certain de ma date d’entrée ou de sortie car je n’ai pas d’itinéraire fixe. « PAS DE DATE PAS DE VISA » rétorque-t-elle. Ma prochaine question concernant ma réservation d’hôtel, je ne la pose même pas et je quitte l’ambassade sachant très bien que ce ne sera pas elle, cette fonctionnaire à la c… qui me donnera mon visa. Je me dis que du Togo ce sera probablement plus facile étant donné que c’est le pays voisin.


Avec l’expérience de ma première tentative, je me prépare avant de me pointer à l’ambassade. Sous la recommandation de Philippe, mon hôtelier, je fais une réservation à l’hôtel Paloma de Accra pour le vendredi 8 mai. J’ai enfin tout ce qu’il me faut pour faire une demande complète de visa. Tout en faisant attention de laisser mon sarcasme de côté, je me rends au bureau des visas de l’ambassade du Ghana au Togo pour 9 h. Je remplis ma demande en entier et je la remets à la préposée. Elle regarde le tout et me dit que cela devrait être prêt dans 48 heures.


Je suis sur le point de quitter quand j’entends, « M. Painchaud, je vois que vous arrivez du Bénin, puis-je savoir pourquoi vous n’avez pas fait votre demande de Cotonou? ». Je sens la tension monter, mais je dois rester calme. Ben, heu, parce que… à ce moment je sais que je n’ai pas de bonne réponse donc je dis la vérité ; « ils m’ont dit qu’ils donnaient des visas aux résidents du Bénin seulement ». « M. Painchaud il fallait faire votre demande de visa avant de quitter le Canada». « Madame j’ai quitté mon pays il y a plus de trois mois et vous donnez des visas avec une validité de trois mois seulement, si j’avais pris mon visa avant de quitter il serait déjà expiré!». «M. Painchaud vous avez totalement raison, je ne sais pas ce que je peux faire, attendez à la réception un instant». Au bout de trente minutes ; «M. Painchaud, je crois avoir trouvé une solution, votre visa sera prêt à 13 h 30, mais je dois vous dire que je vous fais une faveur, il vous en coûtera donc 20 000 CFA au lieu de 10 000 CFA.


Le premier 10 000 je l’avais déjà payé et j’ai un reçu en poche, mais elle me dit que la balance sera payable à Nina, la réceptionniste, sur reprise de mon passeport. Vous vous doutez bien que je n’ai aucun reçu pour ce deuxième 10 000 CFA. Toujours plaisant de se faire voler tout en le sachant et de devoir dire merci avec le sourire!!!


Édition: Philippe Guay

vendredi 29 mai 2009

Le mal du pays



Voici un billet un peu plus léger suite à l'article sur l’autocensure.




En revenant de Kpalimé, je me suis senti envahi par un mal du pays intense. Que faire pour me remettre sur pieds et continuer mon voyage sur une note agréable? Soudain, j'ai eu un éclair de génie. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt? Ben oui, ça me paraissait évident: j’avais tout simplement un urgent besoin de poutine extra fromage!


La Résidence Océane, c’est le nom de l’hôtel où j’habite à Lomé, est tenue par Philippe, un français installé au Togo depuis plusieurs années. Assez ouvert d’esprit, ce cher hôtelier ne pouvait pas me refuser ce chef d’œuvre de la gastronomie québécoise d'autant plus que tous les ingrédients étaient disponibles. Bon j’avoue que ce n’était pas la poutine de Victo ou de Chicout, mais c’en était une de ma création que j'ai baptisée: la poutine normande!


Il me fallait: une bonne portion de frites fraiches et cuites juste à point, du fromage emmental, rien de moins, le tout noyé dans beaucoup de sauce normande à la crème fraiche et champignons. Vous êtes tous jaloux hein…? Et bien, c’était vraiment délicieux, je crois que je vais la proposer à la Banquise ou au Pied de Cochon(lieux réputés pour la Poutine à Montréal) histoire d’améliorer leurs menus. C’est donc ainsi, que pendant quelques heures, je me suis senti bien et heureux comme à la maison en dégustant ma poutine normande.


Par contre, j'avais oublié un petit détail: c’est qu'après avoir dévoré ce met succulent, on est envahi par un sentiment de culpabilité énorme en détachant le bouton de son pantalon parcequ'on a le ventre qui veut exploser. Sans compter mon foie qui m'en a parler pendant les deux jours qui ont suivi. Mais bon, quand on a le mal du pays: aux grands maux les grands moyens.



Édition: Philippe Guay

jeudi 28 mai 2009

Autocensure

Ça fait quelques jours que je n’ai rien écrit sur mon blogue, je dois vous dire qu’il y a une double raison pour justifier ce laxisme de ma part. Outre le fait que depuis quatre jours je n’ai pas de connexion internet fiable, la raison principale de mon silence vient de ma frustration d’avoir eu à effacer deux billets ainsi que l’édition de deux autres. Et oui, on m’a demandé de m’autocensurer pour des raisons que je comprends très bien. On m’a dit qu’au Togo, les choses étaient compliquées et que de parler politique en citant des noms pouvait être dangereux.


J’avoue que mon manque d’expérience ici est flagrant: j’ai nommé deux personnes alors que je n'avais la permission de seulement une d’entre elles. Je croyais sincèrement que j'avais fait les choses dans les règles, mais on a vite fait de me ramener à l’ordre quand j'ai associé Mr. B. à une autre personne qui ne voulait absolument pas être liée à mes billets à connotation politique. Par contre, Mr. B. de son côté m’avait autorisé à le citer sans restriction, mais l’autre individu ne l’a pas vu ainsi. Aussi, par respect pour lui et comme mon but n’est pas de nuire à qui que ce soit, j'ai accepté de retirer mes deux billets.


Voilà encore une autre facette de cette Afrique qui continue de s’ouvrir à moi petit à petit. Laissez-moi vous dire que ce n’est pas toujours évident, car quand je crois en avoir saisi un peu plus, je me retrouve aussitôt dans une situation délicate qui me pousse une fois de plus à remettre mes conceptions en question. Cette expérience, je le crois sincèrement, n’enlève rien à ma détermination de comprendre ce qui se passe ici, mais une chose est certaine, je ferai plus attention dans l’avenir.


Cette incident m’a amené à parler à plusieurs personnes de ce continent directement impliquées et parmis les commentaires reçus on m’a dit que mon blogue était très intéressant, mais qu’il était plutôt porté sur les aspects négatifs de l’Afrique. J,ai été désolé de l'apprendre et à ceux là je m'en excuse. En fait, le but de mon exercice est de vous expliquer ce que je vois, ce que je vis et de vous les rapporter selon mon interprétation. Ne vous ai-je pas parlé de la beauté des plages de la Casamance, de l’atmosphère magique qui règne au pays Dogon, de la grandeur et de la splendeur du parc du W au Bénin et tout dernièrement de l’air frais et de la flore des montagnes de Kpalimé en plus et surtout de toutes ces belles rencontres avec des gens qui m’ont accueilli comme un frère. Assurément, toutes ces expériences resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Par contre, il m’est impossible de ne pas mentionner les fois où je me suis fait arnaquer; et il y en a plus d’une ou des fois où j’ai dû sortir quelques billets pour pouvoir continuer mon chemin ou de la misère et de la déprime dans les yeux des mendiants de Dakar ou de Bamako ou alors de la pollution de Cotonou et des dépotoirs improvisés à la sortie de toutes les villes et bien sûr des problèmes politiques.


Ceci dit, je ne cherche pas à juger puisque je n’ai pas l’expérience ni les compétences pour le faire. Je ne cherche pas à profiter ou abuser; je suis ici de mon bon vouloir avec mes propres moyens. Je ne suis pas non plus voleur; j'y dépense mon propre argent. Non, mon but est simple: je cherche tout simplement à comprendre dans le but de davantage m’épanouir pour, à ma manière, peut-être faire une différence.


Édition: Philippe Guay

lundi 25 mai 2009

Les montagnes de la région de Kpalimé



Après une grosse journée de visite et de transport dans des conditions pas toujours faciles, ce sont les montagnes qui nous attendent en ce samedi 2 mai. La route de Kpalimé vers le sommet à flanc de montagne nous offre une vue de la vallée à couper le souffle! D’un côté, c’est la forêt tropicale avec ses palmiers, ses kapokiers, ses bananiers et ici et là une petite cascade qui rend le décor magique, puis de l’autre c’est une rangée de manguiers qui sert de garde fou.




On se croirait dans un tunnel naturel sur presque toute la montée. Le sommet est à près de 800m d’altitude. Le panorama qui nous est offert ne peut absolument pas être rendu par aucune photo. D’une part on voit la vallée où se trouve Kpalimé et d’autre part se trouve le Ghana où on distingue plusieurs villages en montagne. Fait à noter, nombre de parties de cette zone forestière ont été victimes de coupes à blanc, des flancs de montagne complètement dénudés d’arbres où l’érosion commence à faire son œuvre. malgré le fait que les coupes soient devenues illégales et que le reboisement soit fortement encouragé, il y a encore plusieurs villageois qui s’adonnent à cette pratique. Vous vous souvenez de la phrase ; « necessity has no law », et bien, quand il faut manger et que tout ce que vous savez faire, c’est de couper des arbres, vous coupez des arbres.





Nous poursuivons avec une visite de la station météorologique et comme c’est le plus haut sommet du Togo, les données collectées ici servent au trafic aérien, à la planification de l’agriculture, et bien sûr à la prévision du temps. Elles sont enregistrées et communiquées à Lomé à toutes les heures, jour et nuit.



Nous nous arrêtons ensuite au camp de montagne de Prosper, collectionneur de papillons, dans le village de Kouma-Konda, pour prendre une petite bière bien froide. Cette région est reconnue pour sa multitude de papillons et d’insectes aussi bizarres les uns que les autres! Regarder cette bibitte qui ressemble plus à une branche de bois qu’à un insecte!! Malheureusement pour moi, ce n’est pas le temps des papillons mais l’endroit reste des plus charmants et j’y ai même acheté une petite toile africaine peinte avec des peintures végétales seulement. Ici les gens viennent pour l’écotourisme, le calme et l’air frais des montagnes.



Édition: Philippe Guay

jeudi 21 mai 2009

Petite histoire du Togo




Comme je vous l’ai déjà mentionné, une bonne partie du Ghana, du Togo et du Bénin fut à l’époque, le royaume du Dahomey. Pour ce qui est du Togo, contrairement au Bénin qui lui fut colonisé par les français, ce sont les allemands qui se sont d'abord installés ici en signant un traité de protectorat avec le roi Mlapa à Togoville en 1884. Nommé Togoland par ces derniers, la région connut une période de croissance économique considérable, mais les togolais n’appréciant guère les travaux forcés, les taxes et les campagnes de pacification imposées par les allemands furent très heureux de voir les troupes anglaises arriver lors de la première guerre mondiale. D’ailleurs le Togo fut la première victoire des alliés. À la fin de la guerre, la société des nations divisa le Togoland en deux, les deux tiers, le Togo actuel, fut acquis par la France et le reste fut annexé au Ghana par les anglais. Cette partition est encore très controversée par le peuple Ewe et certains groupes politiques revendiquent encore la réunification.





Le Togo français devint une république autonome qui gagna sa pleine indépendance en 1960 avec Sylvanus Olympio. Premier président du pays. Voyant la situation dans la colonie britannique voisine, le Ghana, beaucoup plus intéressante que dans sa nation, Olympio essaya de se rapprocher et de tisser des liens économiques avec l’Angleterre et les États-Unis. En 1963, le Togo fut le premier état indépendant de l’Afrique à subir un coup d’état militaire. Le président Olympio fut assassiné aux portes de l’ambassade américaine alors qu’il tentait de s’y réfugier. Je me demande qui supportait ce coup d’état vu les politiques que le président essayait de mettre en place. Son successeur, Nicolas Grunitzki, fut immédiatement renversé par le sergent Kabyé Étienne Gnassingbé Éyadéma qui dirigea le pays d’une main de fer jusqu'à sa mort dans des conditions nébuleuses en 2005.




Dans la catégorie rumeur, il parait qu’Éyadéma possédait dans son palais présidentiel une pièce ultra secrète connue uniquement de lui et de deux de ses gardes personnels. Cette pièce aurait été une fosse aux lions et il s’en servait pour, disons régler les petits problèmes de gestion interne. D’ailleurs, il aurait été victime de ses propres ambitions alors qu’il essayait de liquider un de ses fils( il en aurait plus de 60 !), disons un peu trop ambitieux. A son décès personne n’a témoigné avoir vu le corps du défunt président.



Durant les années 1990, la France commença à faire pression sur le président pour mettre en place un système multipartiste dans le but d’établir une vrai démocratie. Éyadéma ne voulu rien savoir, c’est ainsi qu’à son départ précipité, son fils Faure Gnassingbé Éyadéma lui succéda lors d’un nouveau coup d’état. Bien sur, il y eut des élections présidentielles à plusieurs reprises mais toutes furent contestées jusqu'à la dernière en 2006 où plus de 500 personnes trouvèrent la mort. Comme le disent les Togolais avec un petit sourire en coin, notre système est une monarchie constitutionnelle.






Pour ce qui est du fils Éyadéma, plusieurs croient que c’est une amélioration par rapport à son père mais les sceptiques ont aussi une voix forte. Surnommé M. Demi Journée car il préférerait la fête au travail, il est comme son père, un coureur de jupons invétéré. Attention mesdames togolaises car s' il jette son dévolu sur vous, c’est la prison dorée qui vous attend. Il aurait même fait arrêter un mariage car il trouvait la mariée à son gout. S’il fait de l’œil à une fille, la famille au complet se mobilise pour faire sortir cette dernière du pays avant qu’il ne soit trop tard !
Bien sûr, ce petit texte est très sommaire et un peu vulgarisé mais c’est beau tout ça pour un des pays les plus pauvres de toute l’Afrique et qui a comme plus gros partenaire commercial, la France…

P.S. Pour les faits, ils viennent du Lonely Planet, pour les interprétations elles viennent de mes observations.



Édition: Philippe Guay

mercredi 20 mai 2009

Un douanier honnête


Mercredi le 29 avril, j’ai invité appelons le Mr. B. pour rester discret, pour le lunch et bien sûr, nous sommes retournés à la pintade. Mais d’abord, laissez-moi vous dire qui est cet homme: et bien c’est une référence que j’ai eue d'un ami togolais que j’ai rencontré à Montréal avant de partir. Mr. B. travaille depuis près de 25 ans pour la douane togolaise. Il est maintenant de retour aux études dans un programme de trois ans à l’école d’administration publique et, à l’issue de cette formation, il sera promu au titre d’inspecteur.



Avant de se rendre au restaurant, Mr. B. insiste pour passer à la maison histoire de me présenter à sa famille. Il habite une petite maison modeste mais qui ne manque de rien, dans un quartier de la banlieue de Lomé. Sa femme y tient une petite boutique d’alimentation générale, qu’on appelle chez nous un dépanneur, adjacente à la maison. Il a cinq enfants, tous bien scolarisés et il emploie son neveu comme homme de maison et sa nièce pour aider aux travaux ménagers.


Un douanier honnête en Afrique, est-ce possible? Et bien je crois que oui, car la dernière chose à faire en Afrique est de généraliser sur ce genre de situation. Bien que la corruption soit endémique sur ce continent, il y a un nombre grandissant d’individus qui en ont assez des préjugés et qui travaillent très fort pour redorer l’image parfois négative qui est véhiculée par les médias internationaux. Mr. B. fait partie de ce groupe qui mène un combat constant contre l’injustice.


Aussi, j'ai voulu savoir comment pouvait-il être honnête et travailler à la douane? Vous voyez, moi aussi j’ai tendance à juger. Ce à quoi il a répondu: « Tu sais, ce n’est pas toujours facile, à plusieurs reprises, j’ai été muté sur des postes dans des endroits reculés dont personne ne voulait. Tu as vu ma maison, ce n’est pas un palace. Certains de mes collègues, avec beaucoup moins d’expérience que moi, ont des trains de vie plusieurs fois supérieurs au mien. »


Je lui ai demandé comment il était traité par ses pairs. Sa réponse : « Cela dépend de quel groupe de collègues on parle. Au niveau de mes subordonnés, il y a un énorme respect et je sens que mes collègues apprécient énormément mon éthique de travail. Par contre, pour ce qui est de mes pairs et de mes supérieurs, la situation est beaucoup plus tendue. Dans le passé, j’ai dû refuser, à plusieurs reprises, de m’impliquer dans des situations douteuses. Maintenant on ne m’en parle plus. Par contre, je sens la crainte de tous ces gens qui ont peur de perdre leurs acquis. On m’a même offert de représenter la douane togolaise dans le cadre d’une escouade anti-corruption, mais j’ai refusé croyant qu'on me tendait un piège et que c'était là une manière de me forcer à parler selon la ligne générale de la douane sans avoir la possibilité de le faire tout en respectant mes convictions.»


Comment gardez vous espoir? « J’ai la foi, je sais que je mène une bonne vie et que Dieu ne pourra me punir pour cela. De plus, j’ai la chance d’avoir un bon emploi relativement bien rémunéré qui me permet d’envoyer mes cinq enfants à l’école supérieure, d’avoir un foyer confortable sous lequel il fait bon vivre et j’ai la possibilité d’entrevoir une retraite bien méritée dans mon village natal avec ma femme et ma famille, alors pourquoi en vouloir plus ? »
Je suis revenu avec ma super question : pourquoi l’Afrique est si dure? Sa réponse, la meilleure à date à cause de sa simplicité. « Necessity as no law (dans la nécessité, il n’y a pas de loi). »
Édition: Philippe Guay

mercredi 13 mai 2009

La pintade de Dapaon



Ceux qui me connaissent savent très bien que je vis une relation d'amour avec la bouffe. Et bien, laissez-moi vous parler de la pintade de Dapaon. Comme je l'ai déjà mentionné dans le billet précédent, Cédric m’a invité à me joindre à lui et Allan pour un repas de pintade. Le rendez-vous est à 14h dimanche. C’est avec une grosse veillée derrière la cravate que je saute sur un zem pour me rendre à la station GTA. Je n’ai aucune idée d'où je vais, mais heureusement le chauffeur lui, semble le savoir.




En Afrique, on appelle un maquis un petit restaurant extérieur dans lequel on sert habituellement de la bouffe traditionnelle. Ce petit resto entouré de gros arbres qui cachent parfaitement bien du soleil, est vraiment sympathique. La grosse bière coûte moins d’un dollar et c’est bondé de monde qui vient ici spécifiquement pour déguster la spécialité de la maison; la pintade de Dapaon.



Cette fois, on ne peut pas se plaindre de la fraicheur de la viande puisque les pintades arrivent vivantes tous les jours et sont tuées et plumées sur place. Aussi, une fois la volaille prête, on la fait cuire sur le charbon de bois. Après la cuisson initiale, la pintade est coupée en petits morceaux et placée dans un sac de papier (de vieux sacs de ciment, nettoyés bien sûr!) renfermant un savoureux mélange d’épices, de tomates et d'oignons qu'on remet sur le BBQ pour la cuisson finale, un peu comme en papillote.



Le résultat est délicieux; une volaille parfaitement relevée et cuite juste à point. Un de ces goûts qui vous donnent envie d’abuser, si vous voyez ce que je veux dire. La pintade, dans son sac est placée au centre de la table avec deux petits bols d’eau. Un bol contient de l’eau savonneuse pour se laver les mains et un autre pour les rincer. Et oui, la pintade de Dapaon, servie avec du foufou et de l'igname pilée, se mange avec les doigts. Un vrai festin!
Édition: Philippe Guay

mardi 12 mai 2009

Maintenant, le Togo

Samedi le 25 avril, chanceux, je quitte Cotonou pour me rendre à Lomé, capitale du Togo. En effet, vers 9h, Frank a l’amabilité de me déposer à la gare routière en plus de faire les négociations à ma place avec les chauffeurs de taxi-brousse qui peuvent être parfois disons, très agressifs. Sortir de Cotonou avec ses embouteillages permanents, n'est encore une fois pas facile, mais une fois sortie, la route est en assez bon état et les paysages sont merveilleux, surtout le lac Ahémé situé juste avant la frontière avec le Togo.


Je ne sais pas pourquoi, mais le Togo ne m’inspire pas tellement. Je ne sais pas si c'est dû au fait qu'il y ait eu une tentative de coup d’état la semaine dernière, à cause de mes lectures sur sa situation économique en constante dégringolade ou bien si ce sont les histoires que certains béninois m’ont racontées, mais je suis rempli d'appréhensions à l'idée d'y aller.


Nous arrivons à la frontière et je sens déjà la tension monter en moi. Ce sera la première fois que je traverserai une frontière terrestre en Afrique. La scène est complètement folle. D’abord il y a des kilomètres de camions de transport qui attendent et qui sont si nombreux que je suis certain qu'ils en auront pour une semaine avant de traverser. En plus juste devant nous, malheur, un accident de la route; une femme en mobylette se fait happer par un 4x4. Puis, c’est la manne de vendeurs ambulants qui nous prennent d'assaut en nous offrant tout et n’importe quoi; crayon, cafetière, malaxeur, mouchoir, linge, souliers, bouffe, vous voyez le genre?


À ce point je dois sortir de la voiture et faire la traversée à pied avant de me lancer seul, dans cette jungle et c'est bien la dernière chose qui me tente, mais quand il faut y aller, il faut y aller. J’emprunte donc le passage qui indique passeport étranger. Après le premier contrôle, j'arrive dans le «no man’s land», la section entre les deux postes frontières. Dans cette zone, il y a autant de monde, mais ce sont surtout des taxis ou des bus qui vont et viennent dans les deux directions. Très rapidement, je me retrouve entouré d'au moins dix personnes qui sont là à me demander dans quelle direction je m’en vais. On m'informe que je dois me diriger vers le poste du Bénin où ils feront les vérifications pour me permettre de sortir. Tous mes papiers sont en règle, ce qui semble irriter l’agente de l’immigration qui met près de 30 minutes à remplir son foutu rapport. Ça y est, j’ai maintenant le droit de sortir du pays.


Mais ce n'est pas tout, vous l’avez deviné, maintenant il me reste à entrer au Togo. Troisième contrôle du passeport où on m’indique de me rendre bureau d’immigration pour encore remplir des documents. Une fois de plus, mes papiers sont en règle et l’agent est complaisant, il estampe mon passeport et me voilà rendu au Togo. Une autre meute de vendeurs ambulants m'accueillent, mais cette fois mon chauffeur a la gentillesse de venir me chercher, ce qui me permet de les éviter. Ouf !!! Après avoir franchi 200m à peine, on nous arrête au poste de la douane Togolaise pour vérifications; car il faut savoir qu'en Afrique, la frontière est sous la responsabilité de la police et les douanes sont sous une autre juridiction... probablement pour mieux distribuer la richesse...


Toutes les formalités enfin terminées, j'entre dans un nouveau pays et la différence avec le Bénin est flagrante. Les routes sont dans un piteux état et les bâtiments ne sont guerre mieux. Je sens que ça vient de baisser d’une coche. Le port est la première chose que je vois à l'entrée de Lomé et laissez moi vous dire que ce n’est pas la plus belle. Nous voilà encore coincés dans un embouteillage sur une route défoncée; on est arrivés dans la vraie ville de Lomé. Je logerai à l’Hôtel Palm Beach, un gros complexe en bord de mer recommandé dans le guide. Construit dans les années 70, je crois qu’aucune rénovation n'a été faite depuis!


Six heures pour faire un trajet de 180 km ça creuse vraiment l’appétit. Après vérification dans le Lonely Planet je choisi d'aller à la Mini-Brasserie pour, dit-on, son ambiance et sa carte et c’est à 200m de mon hôtel. Pour l’ambiance on repassera. À mon arrivée, je suis le seul client, mais le staff est très sympathique et je décide d’y rester. Heureusement, j'ai pris la bonne décision. Cédric, un français qui habite Lomé, en est le gérant et il se trouve que c’est sa dernière soirée, car il s'est déniché un poste de gérant dans un hôtel non loin de sa résidence.


Peu à peu les gens arrivent, des expats pour la plupart et la soirée commence à prendre des airs de fête. De tournée en tournée je rencontre David, un réparateur de machines à sous, Patrick et son fils Allan, Philippe le proprio ainsi que Jean et ses collègues de travail de la Financial Bank. Après quelques heures à jaser et lever le coude, on décide de changer de place et on se rend au Privilège, voisin de mon Hôtel. On dit que c’est la plus grosse boîte de nuit de toute l’Afrique de l’ouest. Ouais! Je suis finalement rentré me coucher, un peu rond, aux petites heures du matin. Pas si mal le Togo finalement! De plus, Cédric m’a proposé de l’accompagner avec Allan pour déguster une pintade de Dapaon le lendemain pour déjeuner. Je vous en reparle…

lundi 11 mai 2009

La grève du sexe


Voici cette fois, un petit billet sur l’actualité africaine. Je ne sais pas si cette histoire a fait les manchettes dans votre partie du monde, mais ici la nouvelle est sur toutes les lèvres. En effet, les femmes kenyiennes ont décidé cette semaine de faire une grève du sexe dans le but de combattre la violence sans cesse croissante dans leur pays. Leur moyen est simple: pas de sexe tant et aussi longtemps que les hommes feront la guerre! Même les femmes des dirigeants politiques ont emboîté le pas et sont en plus parvenues à convaincre une partie des travailleuses du sexe d’adhérer à leur cause.

Le projet me semble très intéressant. Imaginez l'impact en terme de réduction de la violence, si les femmes se tiennent et réussissent à atteindre ne serait-ce qu'une partie de leur objectif. Il n'y a pas à dire, elles ont visé juste en utilisant le sexe comme arme ultime. Et à mon avis, elles détiennent ici LE pouvoir de convaincre bien des hommes de changer certains comportements disons discutables. Car avouez messieurs, qui d’entre vous n’a jamais fait de concession pour une bonne baise?

Parallèlement, les médias nous ont aussi rapporté dernièrement que la constitution afghane a été sévèrement critiquée de par le monde parce que certains dirigeants ont essayé d’y inclure une loi obligeant les femmes à se soumettre à leur mari sur demande. Ouf! Comme recul significatif on ne pourrait demander mieux, vous ne croyez pas? Pour ma part, je crois évidemment que le sexe doit être pratiqué entre deux personnes consentantes et que si les femmes décident d’utiliser cette arme de destruction massive dans le but de dissuader les hommes de faire preuve de violence, cela pourrait avoir encore plus d’impact que n’importe quelle bombe atomique.

Mais attention, il ne faut pas non plus ignorer l’envers de la médaille; imaginez le niveau de stress causé à tous ces hommes en manque de sexe. Déjà, dans les médias africains on fait mention de la réaction de certains hommes qui menacent haut et fort d'aller tout simplement satisfaire leur besoin dans les maisons de débauche s'ils restent plus longtemps privés de sexe dans leur chaumière. Il y a même un groupe d’hommes qui a déposé une poursuite en justice aux organisatrices de cette grève du sexe !

Cette grève est sans contredit un coup littéralement en bas de la ceinture, mais, reste qu'elle démontre clairement un besoin criant de changement. Il est indéniable que le statu quo est devenu insupportable et que les choses doivent absolument changer. En tant qu'homme, j'ai du mal à être d'accord avec ce moyen de pression à mon avis déloyal, mais je dois reconnaître ici toute l'ingéniosité des femmes dans le fait d’utiliser le sexe comme arme de guerre. Enfin, cet article se veut un peu sarcastique je vous l'accorde, mais reste que les faits sont bel et bien réels.



Édition: Philippe Guay

Exposé à l’université Abomey-Calavi


Vendredi le 24 avril, c’est la dernière journée du professeur Jacques Gagnon à l'université à Cotonou. Le cours qu’il donne à un groupe d’étudiants à la maîtrise en Administration Publique prend fin et on m'a invité à entendre leurs exposés oraux. Quatre groupes présenteront un projet de recherche à faire au cours de la prochaine session. Les sujets sont aussi variés que par exemple: la lutte contre la pollution à Cotonou, le développement local et des PME à Cotonou, la persistance du commerce informel pétrolier au Bénin ou les mariages forcés dans les milieux ruraux au Bénin.



La lutte contre la pollution a Cotonou, comme dans toutes les grandes villes, n’est pas une mince tâche. Par contre, dans les pays du sud, le problème est amplifié étant donné l’utilisation de véhicules souvent vétustes, de carburants de mauvaise qualité et la grande difficulté pour les autorités à faire respecter les lois environnementales que ce soit au niveau du transport routier ou de la pollution industrielle. Et laissez moi vous dire que dans toutes les villes d’Afrique que j’ai visitées la pollution se sent et se voit. La qualité de l’air est tellement mauvaise que les autorités médicale s’inquiètent de la hausse marquée des troubles respiratoires et du taux de concentration de CO dans le sang des citoyens.



Au niveau du développement local ainsi que des PME à Cotonou, la situation s’est très nettement détériorée depuis 1995. En effet, les revenus individuels des PME ont chuté de près de 35% et l’apport de ce groupe à l’économie globale est passé de 56 à 50 %. De plus, l’urbanisation rapide de Cotonou causée par l'arrivée des migrants des régions rend la situation difficile. En fait, la croissance du nombre d’entreprises est plus rapide que la croissance de l’économie, donc plus la part de chacune diminue, plus la croissance accélérée de l’économie informelle réduit elle aussi les revenus de l’entreprise déclarée. Les autorités arrivent très mal à lutter efficacement contre la corruption, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale, ce qui crée un climat particulièrement défavorable à l’investissement privé.



La persistance du commerce pétrolier informel au Bénin, soulevé par le premier groupe comme problème environnemental, est traité ici dans les détails. Immaginez, plus de 50% des produits pétroliers consommés au Bénin sont issus de l’économie informelle. Le prix étant nettement moins cher, 15 à 30%, il est clair que les gens vont favoriser ce commerce. En fait, les produits sont généralement importés en contrebande depuis le Nigéria. Mais l’essence et le gasoil informels sont de mauvaise qualité, car le raffinage est fait à la hâte, histoire de réduire les coûts bien sûr. On y retrouve du plomb et un paquet d’autres cochonneries que je ne pourrais vous nommer. L’approvisionnement et la distribution étant issus de l’informel, pour une station qui se voit containte d'arrêter ses activités par les autorités, dix autres ouvriront. De plus, ce commerce est extrêmement dangereux. Ce sont habituellement de petites stations en bord de route qui vendent l’essence à partir de bouteilles de verre. Le transport, principalement des mini-tankers d'une tonne et demi montés sur des tricycles scooters, est contrôlé par des handicapés physiques. Enfin, même si les autorités sont au courant de leur existance, souvent elles évitent d'intervenir car celà provoquerait un effet dévastateur sur la classe écomique la plus pauvre, surtout quand on sait qu'un béninois sur dix est lié à ce commerce.



Et pour finir, une dernière équipe nous a entretenu des mariages forcés dans les milieux ruraux au Bénin, autre sujet chaud plutôt incompréhensible pour nous occidentaux. C’est généralement le père de la famille qui promet sa fille en mariage contre une somme d’argent, un pacte commercial ou une promesse quelconque. Malheureusement, cette pratique traditionnelle est en grande partie dûe au manque d’éducation de la population rurale et se retrouve surtout dans les communautés musulmane et animiste. Mais peu importe car il s'agit ici d'un phénomène d'exploitation et une atteinte à la dignité de la femme qui se doit d'être enrayé. D'ailleurs, les autorités et certaines ONG essaient d'en dé-légitimiser la pratique en favorisant l’amélioration du statut de la femme et en faisant la promotion de l’alphabétisation de ces dernières. Bien que de nos jours, la loi stipule qu’un mariage ne doit se faire qu'entre deux personnes consentantes, dans les régions il est très difficile de tout contrôler. Fort heureusement, le métissage culturel provoque la décroissance de cette pratique, mais il reste tout de même encore beaucoup de travail à faire.



Comme vous avez pu le lire, les quatre groupes ont seulement exposé des problématiques d’actualité dans leurs régions. La suite du travail est de faire une étude approfondie sur le terrain, de bien comptabiliser toutes les données recueillies et de fournir un rapport sur leurs trouvailles ainsi que de définir un plan d’action pour aider à éliminer ou réduire la problématique. Bel exemple de prise ne charge, non? À suivre…
Édition: Philippe Guay

samedi 9 mai 2009

Les parcs auto de Cotonou


Vous vous souvenez y'a pas si longtemps, je vous ai parlé d'un projet potentiel d’importation de voitures vers le Bénin en partenariat avec Frank, le cousin d’Isabelle Adjahi? Et bien, après mûre réflexion, je crois que je vais revoir mes plans. En fait, jeudi le 23 avril nous sommes allés visiter les parcs automobiles de Cotonou, histoire de commencer une espèce d'étude de marché. Le port étant trop petit pour soutenir le volume de voitures qui entrent au pays, les autorités portuaires ont décidé d’ouvrir des parcs de dépôt sur des terrains à l’extérieur de la ville.


Plusieurs centaines de milliers de voitures, encore sous la tutelle de la douane béninoise, se retrouvent ainsi dans ces parcs. Les voitures sont importées au pays puis stationnées dans ces parcs sans être dédouanées. Ils appartiennent à des libanais qui ont mainmise sur ce commerce. Là-bas, les acheteurs viennent pour magasiner et faire l’inspection des véhicules sur place. Vous voyez sur la photo toutes ces petites tourelles? Ce sont les bureaux des vendeurs libanais. Si une voiture ou un camion vous intéresse, vous n'avez qu'à frapper sur le capot et un béninois se précipitera pour vous servir. Il relayera l’information au vendeur, qui ne bougera pas de son siège, et reviendra aussitôt avec l’information demandée.


Une fois votre véhicule choisi, et ce n’est pas le choix qui manque, vous devrez embaucher un transitaire qui s’occupera de toute la paperasse pour rendre la voiture en règle; taxe de port, douane, enregistrement, assurance, inspection et sa commission bien sûr! Le tout vous coûtera de 20% à 50% du prix d'achat de la voiture si tout va bien. Le Bénin est un gros point d’entrée non seulement pour le pays mais pour la région aussi. C'est pourquoi, plusieurs de ces véhicules transitent vers le Niger, le Mali, le Burkina et le Tchad.

Ceci dit, à bien y penser, je crois que je vais laisser ce commerce aux libanais. Je ne crois pas qu’un petit québécois comme moi, tout seul au Bénin, arrivera facilement à se faire une place. De plus, certaines personnes m’ont dit que le commerce de voitures en Afrique n’était pas le business le plus propre qui soit. Il faut dire que chez nous, au Québec, la revente de véhicules usagés n’a pas de leçon à donner à qui que ce soit non plus!
Édition: Philippe Guay

"Mamie Bénin"




Dans le guide Lonely Planet, il est fait mention des Mama Benz qui contrôlent les marchés publics de Cotonou et Lomé. Ces femmes sont riches comme Crésus et détiennent une mainmise sur le commerce de détail dans ces deux villes. Réputées pour être très dures en affaire, elles embauchent surtout des femmes payées à ce qu’on appellerait au Québec le salaire minimum… Durant la crise économique du début des années 90, ce sont elles qui ont soutenu une bonne partie de l’économie et porté leur pays à bout de bras. On peut d'ailleurs facilement les reconnaitre à leurs tenues toujours très chics ainsi et bien entendu, à leur marque de voiture favorite, vous l’aurez deviné: Mercedes Benz... !

Quand j'ai dit à « Mamie Bénin », la meilleure amie de la famille Adjahi et qui doit son surnom à tous les enfants, que j’aimerais bien faire une interview avec une Mama Benz, elle m'a répondu du tac-au-tac sur un ton qui en disait long ; «Attention, je ne suis pas une Mama Benz! Je ne suis qu’une petite commerçante qui se sort relativement bien d’affaire, c'est tout! ». Reste que Mamie Bénin possède tout de même le dernier modèle ML350... ! C’est donc sur cette note que nous avons quitter ensemble sa résidence et que je me suis offert pour l'accompagner à son travail. Mais d'abord, il lui fallait faire un premier arrêt à la banque. Elle y a un rendez-vous pour négocier le taux de change des Euros dont elle aura besoin lors de son prochain voyage en Italie, où elle va régulièrement s’approvisionner pour sa bijouterie. D'ailleurs, Mamie Bénin ne traite que dans l’or et sa réputation ne se limite pas seulement au Bénin, mais s'étend aussi loin qu'au Togo et au Niger. De plus, sa collection qui vient directement d'Europe, est reconnue pour être de grande qualité et toujours très tendance.

Mamie Bénin est née à Cotonou et a grandi en ville, ce qui lui a permis d’avoir une vision plus cosmopolite et moins ancrée dans les valeurs rurales traditionnelles. Sa mère était une petite commerçante en ville et c’est de cette dernière qu’elle tire une partie de son expérience en affaire. L’école pour Mamie Bénin ne fut pas une très longue histoire, car sa mère n’avait pas beaucoup de moyen (l’école étant payante dans la plupart des pays d’Afrique). Elle est tout de même parvenue à trouver un emploi aux services postaux nationaux, qui lui a permis d’économiser de l’argent, de se constituer un capital de départ et de démarrer, d’abord à très petite échelle, un commerce de vente de bijoux, sa passion.

Pour Mamie Bénin, avec à l’époque cinq enfants, juste des filles, que les circonstances de la vie l’ont poussée à élever en partie seule, la fin devait justifier les moyens. C’est donc sans relâche et avec ténacité qu’elle s’est investie dans son commerce et que même lorsqu’elle travaillait comme fonctionnaire, revêtait régulièrement son « chapeau » de vendeuse. Que se soit avec ses collègues de travail, ses amies, sa famille ou au marché où elle a maintenant un stand qui fait l’envie de plusieurs, ce commerce était toute sa vie. Son commerce ayant pris son envol, elle a pu amasser assez d’argent pour voyager vers l’Europe, et trouver des bijoux qu’elle seule pouvait offrir en exclusivité à Cotonou, ce qui fut la clé de son succès.

Dans la voiture (conduite par un chauffeur, bien entendu!), elle me demande ce que je fais dans la vie. Je lui parle de mon passé en finance et étonnée, elle me demande pourquoi j’ai quitté une si bonne position. Je lui explique mes raisons et elle comprend, mais trouve cela assez particulier. Je dois dire que c’est la réaction de la plupart des gens avec qui j’ai eu l’occasion d'en discuter. Nous parlons finances, plus particulièrement du prix de l’or qui ne cesse de monter et rend son commerce plus difficile. Les acheteurs, habitués à des prix plus bas, limitent leurs achats. Je lui donne mon opinion sur la fluctuation de l’or à savoir que si l’économie entre en mode inflationniste, l’or devrait logiquement continuer de monter. Comme vous vous en doutez, cette théorie ne lui plait pas du tout. Je lui explique alors qu’elle a tout simplement à augmenter son inventaire maintenant et que si les prix montent beaucoup, elle pourra à ce moment, dans six mois ou un an, vendre avec un plus gros profit. Elle me regarde d’un air perplexe et je sens alors, que l’idée chemine dans sa tête… Je lui signifie que l’envers de la médaille est aussi vrai: si l’or baisse, elle devrait faire l’inverse, c'est-à-dire réduire son inventaire et acheter un nouveau stock à plus bas prix. « Mais que faire? » Me demande-t-elle. Si je le savais… C’est là tout le mystère de la finance et de la spéculation, et ce pourquoi les intervenants des marchés en capitaux prennent parfois tant de risques…


Édition: Isabelle Adjahi

Départ d’Isabelle


Mercredi le 22 avril, c’est la fin des vacances pour Isabelle et ses filles. Snif, snif. De mon côté, je dois aller chercher des photos pour le visa qui me permettra d'entrer au Ghana en plus de me pointer à l’ambassade pour en faire la demande. J’arrive à midi quinze à l'ambassade, mais le bureau des demandes de visa ferme à midi, manque de pot. Je ne m'en fais pas trop, je reviendrai demain. De l’ambassade, je saute sur un Zem pour me rendre chez Mami Bénin ou la Famille Adjahi et moi même sommes attentendus pour le lunch d'au revoir.


Mami Bénin est une bonne amie de la famille Adjahi. C’est une femme qui a très bien réussi; elle vend des bijoux en or au marché de Cotonou. J'aimerais d'ailleurs écrire un billet sur elle et j’ai demandé à Isabelle si elle pouvait lui demander la permission pour moi, car j’étais un peu mal à l’aise. C'est ainsi que pendant le repas, Isabelle sans gêne, lui explique mon blogue et lui demande si elle est intéressée de me donner une entrevue. Et elle a accepter. Super! Et hop voilà le sujet de mon prochain billet trouvé.


Au palace Adjahi, vu le départ d’Isabelle, la maison est en constante ébullition depuis le matin. Il y a la couturière qui apporte les vêtements terminés la veille et bien entendu, les oncles, les tantes et les amis venus faire leur dernier au revoir. À la fin de la journée, une fois les derniers invités partis, la maison redevient soudainement très calme et ça me fait tout drôle. Pour ma part, je quitterai demain, mais non sans avoir salué bien bas Isabelle et l'avoir remercié de tout coeur de m’avoir accueilli comme un frère dans sa famille. Isabelle, à toi et ta famille, un gros MERCI!


Édition: Philippe Guay

vendredi 8 mai 2009

Retour vers Cotonou





C’est avec un peu de regrets que je quitte le nord du Bénin ou je n’ai finalement pas vu d’éléphants ni de lions. Je sais, je sais je l'ai déjà dit mais...bon, bon, ça va je n’en parlerai plus. Peu importe, le parc de la réserve du W mérite un peu plus d’aide et c’est pourquoi j’ai décidé de m’impliquer. Même si mon admission à l’université n’est pas encore confirmée, j’ai commencé la rédaction d’un rapport de ma visite ainsi que de toutes mes observations que j'ai l'intention de remettre à Jacques, histoire d’étoffer un peu plus son projet.




La route de Kandi vers le sud me paraît encore pire au retour qu’à l’aller, bizarre non? Vers 17 h, nous entrons dans Parakou et d’un commun accord, nous décidons d’y passer la nuit, car un autre six heures de route nous semble absolument impossible à supporter. Après avoir trouver une chambre, j'ai tout suite chercher un café internet, histoire de donner des nouvelles après quatre jours de silence et c’est ma mère qui en a été la plus heureuse!




Mardi matin, c’est la tranche finale et je tiens absolument à attirer votre attention sur le monument situé au milieu du rond point central de la ville de Bohicon. Comme vous le voyez sur la photo, il s'agit d'une grosse jarre remplie de trous, soutenue par cinq personnes. Je me suis laissé dire qu'on a cherché à signifier par là, que si tout le monde place sa main sur un trou, la jarre ne perdra plus de son eau. Beau message n’est ce pas?



Édition: Philippe Guay

Rencontre à Kandi


Lundi le 21 avril, la balade dans le parc du W maintenant derrière nous, mon nouvel ami Jacques retourne au travail. Il doit d'abord rencontrer le commandant Ballo, directeur du parc, et j'y suis aussi invité. Nous nous rendons pour 9h dans les bureaux de la direction générale ou nous sommes attendus et, sans attendre, nous voilà assis à son bureau. Les formalités sont de courte durée et "déjà" Jacques me présente comme son collègue de l’Université de Sherbrooke.



M. Ballo semble vraiment avoir le parc régional du W à cœur, la discussion est très intéressante et je me permets même quelques interventions. Il nous parle de la situation du parc, de ce qui a été fait jusqu'à maintenant et il ose même nous parler des problèmes auxquels le parc fait face présentement. Comme je l’ai mentionné dans mon billet sur le parc, l’Union Européenne a investi, via le programme Écopass, sur une période définie qui s’est terminée en juin 2008. Depuis, les moyens manquent et la situation se détériore. De plus, plusieurs ONG essaient de développer la région en périphérie du parc, mais sans Écopass le travail ne peut pas donner les résultats escomptés.

Ce qui m’amène à vous parler de la mission de Ricerca e Cooperazione chapeauté par Elena Roffi, chef de projet(voir le site web dans les liens pertinents). Pour sa part, la moitié d’un projet de trois ans sur le développement de la périphérie du parc, est déjà passée. La mission intervient à trois niveaux; celui de l’éducation des citoyens de la périphérie, celui de l’aide au développement économique local et celui du marketing de l’écotourisme périphérique.


Au niveau de l’éducation, des intervenants font la tournée des écoles de la région dans le but de sensibiliser les enfants à l’importance de protéger cette réserve unique de la biosphère. En éduquant les jeunes on cherche par le fait même atteindre leurs parents qui prendront conscience à leur tour, de l’importance du parc pour leur région. Le programme organise aussi des stages à l'intérieur du parc ou ils ont la chance de voir les animaux dans leurs habitats naturels en plus du travail qui est accompli dans la réserve. Ce travail de sensibilisation a pour but de réduire le braconnage et le transumage qui sont souvent faits par nécessité et non, il faut bien le mentionner, pour s’enrichir.


En ce qui concerne le développement local, le projet vient en aide aux habitants de la périphérie du parc pour leur permettre d'améliorer les techniques agricoles, pour aider les petits entrepreneurs locaux à transformer, sur place, le produit de leurs cultures et pour impliquer tous les agents économiques de la région à agir dans un but commun. De plus Ricerca e Cooperazione possède un petit fond servant à financer certains des projets les plus prometteurs.



Le marketing de l’écotourisme périphérique a pour but de monter un cadre favorable à l’accueil des touristes qui viennent dans la région, principalement pour visiter le parc. Leur travail est de faire de la formation pour favoriser le contact entre citoyens locaux et touristes. Beaucoup de ces touristes aiment bien vivre l’expérience de passer quelques jours dans des familles africaines. Pour ce faire, la mission a par exemple aider à monter un réseau de résidences organisées pour ce commerce et à mettre en place des moyens d'assurer la sécurité des voyageurs. Ils aident aussi les artistes locaux à faire la promotion de l’art africain dans un climat convivial en essayant de réduire la pression des vendeurs de rues. Un demi million de citoyens vivent dans la périphérie du parc et cette réserve de la biosphère à le potentiel de devenir le moteur économique de toute la région. Par contre, les moyens financiers du parc ne permettent pas, pour l’instant, d’offrir un produit touristique compétitif avec le Sérengeti, par exemple. Une grosse partie du travail accompli ne peut pas donner son plein rendement aussi longtemps que le W n'offrira pas un produit facilement accessible, sécuritaire et de qualité équivalente ou supérieure aux autres destinations comparables.

Édition: Philippe Guay

jeudi 7 mai 2009

Visite du parc, la suite.





À 6 h la veille, ne s'étant pas pris assez tôt pour voir les lions et les éléphants, c’est à 5 h que nous embarquons dans le tape cul de l’enfer pour retraverser le parc vers la mare Bangoutchiré, lieu réputé pour la présence de lions. Mais a 7 h 30, toujours pas de lion. Et puis il y a Azuma qui, s'imaginant nous aider peut-être, fait le tour de la mare pour être certain de bien répandre son odeur partout. Je vous avoue qu'Azuma a certains comportements, comment dire, plutôt discutables! Je ne suis pas chasseur, mais je sais du moins que notre odeur n’est pas nécessairement la préférée des animaux sauvages.




Bref, nous reprenons la route vers le point triple ou nous traverserons la rivière pour faire un petit tour du coté du Burkina Faso. C’est à ce moment que la tension commence à monter avec notre guide Azuma. Le but étant de voir des éléphants et des lions, nous lui rappelons qu'il est impossible de suivre un itinéraire fixe. Et quand nous lui posons des questions, il croit que nous doutons de ses connaissances et ça le frustre. Non mais, c'est facile à comprendre; nous voulons tout simplement maximiser nos chances d'en voir le plus possible.



Nous croisons une piste ou une pancarte indique une mare et un point d’observation, mais Augustin continue son chemin. C'est à ce moment que Jacques et moi levons le ton et le chauffeur s’arrête. On demande à Azuma ce qui se trouve par là. Il nous répond qu’il y a une mare, nous lui demandons alors, pourquoi on ne va pas voir? Il répond que ce n’est tout simplement pas le plan. À ce point je me fâche et lui dis que nous n’avions rien spécifié, que nous avons amplement le temps et que nous irons dans tous les petit recoins possibles s'il le faut, on veut voir ces satanés éléphants et lions! Et puis, il n’y a que 1.2 km pour se rendre, ça n’est quand même pas la fin du monde!



Mais qu'y avait-il au juste qui n'allait pas? C'est en réfléchissant bien que nous en sommes venus à la conclusion qu’Azuma voulait probablement "se rendre à la bière" le plus rapidement possible et que c'était pour ça que tous nos petits changements de plan l’irritaient de la sorte. Bien qu’il connaisse très bien la faune et la flore de sa région, ce guide devrait travailler un peu sur ses «people skills ».

Nous arrivons tout de même au point d'eau qui était, soit dit en passant magnifique avec ces centaines d'oiseaux migrateurs d’une superbe beauté! Mais toujours pas de...et de.... Que voulez-vous? On est pas dûs. Et on retourne au camp des chutes de Koudou pour le lunch. Encore une fois, nous mangeons très bien et avons même droit à la petite visite surprise d’un troupeau de biches et d'une vingtaine de babouins se pointent le bout du nez pour venir s'abrever à la rivière. Quel spectacle! C’est donc, bien rassasiés que nous prenons la piste vers Kandi pour le périple final de notre voyage. La route est en très mauvais état et à plusieurs reprises nous devons déplacer les arbres tombés au milieu de chemin pour pouvoir passer. Nous sommes dans une zone fréquentée par les éléphants, c’est pourquoi il y a tous ces arbres et nous voyons des traces fraiches au sol, mais rien...


Sur le chemin du retour nous croisons aussi des Peuls avec leurs troupeaux de vaches dans le territoire du parc; c’est ça le transumage. Ils venaient d'abandonner certaines de leurs vaches abattues par les gardes du parc.


Et voilà comment se termine notre visite du parc du W. On a pas vu ni éléphant ni lion, mais j'ai vécu un safari photo dans la savane africaine que je suis loin d’oublier.

Édition: Philippe Guay

Visite du parc



Samedi matin, le 18 avril 6 h. Nous quittons très tôt pour le W, car les animaux vont s’abreuver au plan d’eau avant que la chaleur ne frappe. C’est justement avant la saison des pluies qu’il est le plus facile de les voir, car les plans d’eau se font rares. Dans le parc, à cette période-ci de l’année, il ne reste que cinq ou six endroits non asséchés. Nous commençons donc par nous pointer à la mare Barabou ou les éléphants sont souvent présents. En chemin, nous croisons quelques antilopes et des babouins. Arrivés à la mare, les gardes sur place nous disent que nous venons de manquer les éléphants par moins d’une heure. Dommage, mais on a quand même eu droit aux crocodiles comme prix de consolation. Pas si mal !



Un peu plus tard, direction le point triple, c’est là ou se rejoignent les frontières du Niger, du Burkina et du Bénin. À cet endroit, le projet Écopass a construit un gros campement éducatif et hôtelier en 2006. Par contre, personne ne s’est proposé pour prendre la concession hôtelière c'est pourquoi le camp est resté désert depuis sa construction, à l’exception de quelques semaines par année ou des cours y sont donnés. De notre côté, déception; pas d’animaux à l’observatoire du point triple. Nous poursuivons donc vers la mare Sapingou ou une pompe activée par des panneaux solaires, permet d’approvisionner le bassin en eau. Quelques antilopes y boivent, mais rien de plus.




Nous continuons notre route vers le camp des chutes de Koudou, l’endroit ou nous passerons la nuit. Sur cette route, nous avons enfin pu voir beaucoup d’animaux, plusieurs sortes d’antilopes, trois sortes de singes, des phacochères, des buffles, mais pas d’éléphant. Sur le chemin nous avons eu à traverser une rivière asséchée car le pont existant n’était plus sécuritaire. Notre chauffeur, Augustin, ne l’a pas aimé du tout, car il a réussi de justesse à passer. Bon, s’il avait fait réparer le 4x4 de son camion, la question ne se serait pas posée, mais...! Nous l’avons donc appelé le trou à Augustin.




Le camp est vraiment un endroit paradisiaque.Les tentes sont installées sur des plateformes avec salle de bain complète à l’arrière, le tout situé sur un cap de roche avec une superbe vue sur la rivière partiellement asséchée dont on dirait un petit lac. Un bon petit lunch nous est servi et après la bouffe, la sieste. Comme Jacques et moi voulons absolument voir des éléphants la sieste sera pour plus tard au grand désespoir d’Azuma notre guide.

Nous repartons donc vers le point triple, zone ou l’on a vu le plus d’animaux. Tout juste avant d’arriver au trou à Augustin, le camion s’arrête, comme un cheval qui ne veut plus avancer. Azuma nous dit que nous irons à la marche traquer les lions et les éléphants. Wow! C’est en le suivant que nous apercevons des traces qui semblent relativement fraiches... de lion et d’éléphant. Jacques commence à se faire un peu de mauvais sang, et avec raison. Après tout, on est quand même en train de marcher, sans arme, dans la savane africaine à la recherche d'animaux sauvages! On décide donc de retourner au camion pour poursuivre notre chemin de façon un peu plus sécuritaire. Après plusieurs longues minutes de discussion, on se rend compte qu’Augustin refuse absolument de traverser le trou par peur de rester pris.



Jacques a finalement pris les choses en main et a réussi à faire revenir Augustin sur sa décision. Nous traverserons le trou. Cool! Nous retournons donc au point triple et les animaux sauvages sont magnifiques. Peu après il est temps de retourner vers le camp pour la nuit. Mais on avait oublié quelque chose. Il fallait repasser par le trou et cette fois...nous somme restés coincés. Augustin ne la trouvait pas très drôle, mais quand y'a du bon jus de bras, «oui, oui, toi aussi tu pousses Azuma », y'a pas de problème. Et hop vers le camp pour le diner.




Arrivés au camp, bien entendu, nous avons encore une fois manqué les éléphants par une heure. C'est bizarre, je commence à penser que c’est la ligne à répéter pour que les touristes gardent espoir de voir ces discrets pachydermes. Mais bon, après une première journée dans le parc, même si je n’en ai pas vus ni de lions, je ne me trouve vraiment pas malheureux au contraire, je trouve cet endroit absolument génial. On se fait servir un super poulet bicyclette sauce à la moutarde de Dijon (même au bout du monde on peut manger comme des rois), et puis c’est le dodo, car 12 heures de tape cul dans un 4x4, ça épuise. Bonne nuit.




Édition: Philippe Guay

mercredi 6 mai 2009

Discussion avec Jacques.

Je vous ai parlé de ce qui a amené Jacques dans le W, maintenant voici la suite de notre discussion. Mon voyage en Afrique se veut une exploration de la région dans le but de comprendre un peu plus pourquoi ce continent continue de voir sa situation, par rapport au reste du monde, accuser encore et toujours un flagrant retard. L’Afrique abrite à peu près 15% de la population mondiale, son sol, de par son étendu géographique, contient entre 15 et 20% des ressources mondiales aux niveaux minier et pétrolier sans oublier son énorme étendue de terres cultivables. Il n’est donc pas normal que le poids économique de ce continent pèse que 2% dans l’économie mondiale.


J’explique à Jacques les raisons de ma présence ici, je lui parle de mon cheminement durant mes quinze ans passés à travailler dans le domaine de la finance. Je ne regrette rien de ce passé, bien au contraire, je crois que mon expérience pourra très bien servir en terme de développement durable et c’est pourquoi j’ai décidé de réorienter ma carrière. Le monde financier continuera d’avoir une emprise majeure sur l’ensemble de l’économie, mais devra se redéfinir en terme de réglementation dans les prochaines années ce qui réduira, souhaitons le, les abus que l’on voit présentement et qui assurera la protection de tous en particulier les petits intervenants économiques.


Jacques est très intéressé par mon cheminement et il me parle, pour sa part de sa situation à l’Université de Sherbrooke ou en plus d'être professeur il est aussi directeur de programme à la maitrise. Son sujet, le management public. On continue notre conversation et je lui apprends qu’à la session d’automne dernier, j’étais à l’UQAM ou j’ai suivi deux cours liés au développement et à la compréhension de notre société actuelle et que je prévoyais continuer en septembre prochain. C’est à ce moment qu’il me demande si la poursuite de mes études au niveau de la maitrise à l’Université de Sherbrooke pouvait m’intéresser.


Bien que rien ne soit confirmé à ce jour, dès notre retour sur Cotonou, enchanté, je n'ai pas perdu de temps et me suis inscrit à la maitrise en administration dans le programme de management public, option développement local à l’international. Si tout va bien, je devrais commencer fin août d'abord, à l’université de Sherbrooke pour la session d’automne et à la session d’hiver, ma formation se poursuivra à l’Université d’Aix en Provence. Enfin, une petite session d’été pour terminer à nouveau à Sherbrooke. Pas mal non? C’est avec l’espoir que le tout se déroule comme prévu et très motivé à me lancer dans cette nouvelle orientation que j'entrevois mon avenir professionnel. À suivre…


Édition: Philippe Guay

Le parc régional du W (voir lien à gauche).



Vendredi matin le 17 avril, c’est le départ pour le nord du pays. Comme j’ai passé la nuit dans le village natal de Joseph à la hauteur de Bohicon, c’est là que Jacques et Augustin viendront me prendre pour se rendre au parc. Ça me donne donc 2 heures de sommeil additionnelles, contrairement à eux qui ont dû quitter Cotonou très tôt . Tout se passe bien et c'est ensemble que nous partons en direction de Kandi, une ville située à 800 km au nord de Cotonou tout près de l’entrée du parc. De Bohicon jusqu'à destination, avec les arrêts, nous mettrons près de dix heures.




Quand j’ai rencontré Jacques, je n'en savais pas beaucoup sur lui à part qu’il était professeur à l’Université de Sherbrooke, mais avec dix heures de route à faire, j'en ai appris bien davantage. Son projet à Cotonou qui consiste à aider les béninois avec la décentralisation au niveau du management public en est à sa quatrième année d’un programme de six ans. Et comme il donne aussi des cours de management à la faculté de droit et de science politique, c’est depuis quatre ans que Jacques se retrouve plusieurs fois par année en territoire béninois. Il a fait deux voyages dans le parc de la Pendjari qui est voisin et c’est sa première expédition dans le W.


Voyant son projet tirer à sa fin, il se cherche un moyen de continuer son aventure béninoise et c'est pourquoi il a le parc régional du W dans la mire. C’est en 2002 que l’Union Européenne démarrait le projet Écopass qui visait à mettre en place des moyens de préserver la réserve qui tombait dans la déchéance. Braconnage, transumage, déforestation constituaient les problèmes majeurs auquels faire face. Le projet a, entre autres, permi la construction d’une route de plus de 100km à l’intérieur du parc, un pont sur la rivière, un campement situé au point triple et l’embauche de quelques 40 gardes forestiers. Les résultats de cette intervention furent frappants; les cheptels se sont reconstitués et les animaux devinrent moins nerveux. On a aussi noté une baisse significative du braconnage et du transumage. D’ailleurs, une loi a été voté pour donner des pouvoirs aux gardes, qui ont depuis, le droit d’abattre les vaches domestiques qui pâturent sur le territoire du parc, car il faut savoir que les animaux domestiques et les animaux sauvages ne font pas très bon ménage. Malheureusement ce programme a pris fin en 2008 et le parc se retrouve aujourd’hui en gros manque de moyens; plus de matériel roulant fonctionnel, retards sur les salaires des gardes et recul sur les avancées acquises dans les dernières années.



Mais, super Jacques n'a pas dit son dernier mot et c'est là qu'il entre en jeux. Son idée: monter un projet pour assurer la pérénnité du Parc régional du W. Cette réserve de la biosphère, selon lui, doit absolument être préservée. Ici, il ne s'agit pas d’entrer en compétition avec l’Union Européenne mais plutôt de continuer là ou le projet s’est arrêté. Si l’UE décide de renouveler Écopass, tant mieux, le parc ne s’en portera que mieux, autrement ce sera six ans de travail qui s’envolera en fumée. Pour bien comprendre ce que représente le parc de la réserve du W, je vous propose d'aller voir le site qui se trouve dans ma liste de liens pertinents.


P.S. Les photos d'éléphants et d'hippos ne sont pas de moi, mais celles de Jacques prises au parc de la Pendjari.


Édotion: Philippe gay

samedi 2 mai 2009

Le royaume du Dahomey


Ça y est, j'ai accepté l'invitation de Jacques, nous partons vendredi pour le parc du W. Alors, ça me laisse un peu de temps pour profiter de l'autre invitation; celle de la famille Adjahi qui propose de m'amener voir leur domaine familial au village natal de Joseph. C'est à Tanvè à quelques cent cinquante kilomètres au nord de Cotonou en plein cœur du royaume du Dahomey. Le trajet pour s'y rendre qui dure habituellement deux heures, en a pris deux de plus cette fois à cause des travaux majeurs de construction de la seule voie d’accès nord pour entrer et sortir de Cotonou. Ah, ces chers travaux de voirie... ça vous dit quelque chose?

Aussi, pendant que madame Adjahi faisait ses courses à la ville d'Abomey, j’ai décidé tué le temps en allant visiter les deux derniers palais royaux encore existants devenus musées aujourd'hui. Les palais sont formés de plusieurs édifices dont ceux renfermant les appartements de la famille royale et les tombeaux des rois. Les cours intérieures sont très jolies et j'ai appris que c'est là que plus de 10 000 courtisans ont cherché à tomber dans les bonnes grâces du roi; le dernier roi de Dahomey s’étant rendu aux français à la fin du 19ieme siècle après une guerre qui dura plusieurs décennies.

D'autre part, les rois du Dahomey étaient réputés pour être particulièrement cruels. Pour se défendre contre les français, les rois achetaient des armes aux allemands, très présents au Togo. Chaque souverain était un être sacré qui cumulait les pouvoirs temporels et religieux et qui avait droit de vie ou de mort sur ses sujets. Aussi, les prémices de base du royaume étant l’extension du territoire, il y régnait un climat de guerre permanent. D'ailleurs, à son apogée, le royaume s’étendait du Ghana au Nigéria. De plus, du fait d’être constamment en guerre, plusieurs prisonniers ont été vendus comme esclaves. On y faisait aussi du troc; un canon était échangé contre quinze hommes forts ou vingt et une "jeunes filles aux seins pointus et fermes".

La place des femmes n’est pas négligeable au royaume du Dahomey; le roi Guézo( mort en 1858) a d'ailleurs déjà eu l’idée de créer une armée de femmes, à l’origine des amazones, en hommage aux guerrières de la mythologie grecque. Animées d’un grand courage et supportées par beaucoup de boisson, ces femmes se battaient sans peur et effrayaient énormément leurs adversaires. Elles étaient attachées à la garde personnelle du souverain et l’on dit même que plusieurs d’entre elles se sont suicidées en se jetant à la mer pour éviter de se rendre, lors de la déportation du roi Béhanzin en 1894!


Le roi Gdbélè , dont j’ai visité le tombeau, avait plus de 4000 femmes, certaines d’entre elles encore vierges, le roi n’ayant jamais eu besoin de leurs "services". À sa mort, plus de 200 de ces femmes se sont volontairement fait enterrer vivantes auprès de leur défunt époux. L’histoire raconte également que 41 choisirent de se sacrifier en ingérant un poison mortel avant les funérailles.

Les photos étant interdites à l’intérieur du palais, je ne peux que vous montrer l’extérieur, mais croyez moi, la vie ici devait être assez particulière; la guerre, le droit de vie ou de mort sur quiconque par le roi, la pauvreté extrême des exclus s'ajoutant aux conditions de vie déjà difficiles. Site protégé par l’UNESCO, la visite des palais des rois du Dahomey vaut vraiment le détour.

P.S. certaines infos viennent du guide Lonely Planet, d'autres de la guide, Rose.
Édition: Philippe Gay